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L'interview : Jordane, notre Head Judge français

Pierro Pierro
· Publié le 27 avril 2026
L'interview : Jordane, notre Head Judge français

Riftbounders,

Suite de notre nouvelle série ! Intitulée "L'interview", elle met en lumière les acteurs marquants de l'univers français ou international de Riftbound.

Nous avons pu poser nos questions à Jordane, figure incontournable de la scène française et Head Judge sur les événements majeurs de Riftbound. De son rôle de dernier rempart en cas de litige à sa gestion des équipes sur le terrain, découvrez les facettes méconnues de son métier et son regard sur l'évolution fulgurante du TCG.


Bonjour Jordane ! Merci de nous accorder ce moment après un week-end particulièrement intense au Regional Qualifier de Lille.

Alors que tu te prépares déjà pour tes prochaines échéances à Atlanta, nous avons voulu revenir avec toi sur ton parcours et ton rôle crucial de Head Judge. C'est parti pour une série de questions pour te faire découvrir à nos lecteurs et plonger dans les coulisses de l'arbitrage.

L’homme derrière le titre

Riftbound-Media : Pour commencer, pourrais-tu te présenter brièvement et nous dire quel est ton parcours dans l'univers des jeux de cartes ?

Jordane : Pour commencer ? Dans ce cas, je pense que pour commencer c'est pour moi l'opportunité de te remercier de m'avoir approché le weekend dernier à Lille et de m'avoir proposé ce bref échange entre nous. Je regrette de ne pas avoir pu revenir vers toi, mais il y a une hiérarchie dans un tel événement et ta requête devait passer d'abord au travers de cette pyramide de décision. J'ai commencé dans l'univers du jeu de cartes en 1998.

L'édition Forteresse du jeu Magic The Gathering venait tout juste de sortir et la Reine des Slivoïdes impressionnait tout le monde, c'était une 7/7, une des plus grosses créatures du jeu. Je n'étais pas très assidu, il s'agissait avant tout de jeter des cartes sur le béton brûlé par le soleil de la cour en mimant des attaques et des comparaisons de force entre enfants. À la même époque, Pokémon venait d'arriver et ma sœur avait ramené des cartes espagnoles d'un voyage scolaire. Je suis entré dans l'univers du TCG de manière plus assidue avec la sortie de l'édition Tourment, Judgment et Odyssey au début des années 2000.

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Au collège, j'avais ouvert le « Club de Cartes », où on jouait tous les midis après la cantine et on faisait des tournois. Des élèves plus vieux venaient de temps en temps et participaient déjà à des tournois régionaux, on avait aussi le magazine Lotus Noir, qui nous donnait la cote des cartes et parlait des rapports de tournois, faisant rêver les jeunes padawans que nous étions.

R-M : Qu'est-ce qui t'a donné envie de passer de l'autre côté de la table de jeu et d'endosser le rôle de judge plutôt que celui de compétiteur ?

J : En 2017-2018, lors d'un tournoi Magic, une interaction avec un « arbitre » m'a fait réfléchir. J'ai reçu une pénalité pour une situation de jeu qui était couverte par les règles et les policies, et je n'ai pas du tout apprécié la manière dont celle-ci a été gérée et m'a été communiquée. Mon adversaire venait d'aller chercher dans son deck une carte lui faisant perdre 2 points de vie selon le statut dans lequel elle arrive en jeu.

Ce joueur jouait un deck Rouge/Noir dont la stratégie est de faire diminuer ses propres points de vie pour faire grossir la Force d'une de ses créatures. Le joueur a physiquement montré que sa carte entrait dégagée, lui faisant perdre des points de vie, mais n'a pas noté sa diminution de PV, ce qu'a contrario j'ai fait. Il m'a passé son tour et j'ai pu jouer le seul Out que j'avais qui allait me faire gagner, une créature avec une capacité qui permettait de renvoyer une créature adverse en main et de la bloquer jusqu'à mon prochain tour.

C'était le chemin de la victoire assuré pour moi. Je lui ai indiqué que j'allais gagner le tour d'après s'il souhaitait écourter la partie parce qu'il avait 7PV, mais il a vérifié ses notes et m'a dit qu'il en avait 9. L'erreur venait d'avoir physiquement indiqué que son terrain était dégagé, ce qui est tout à fait crédible dans un jeu employant des sorts de Burn, mais le joueur « l'avait mis dégagé pour aller plus vite » et « n'avait pas indiqué qu'il perdait des points de vie ».

L'arbitre a indiqué que ne pas communiquer son intention au moment de mettre le terrain en jeu indiquait que par défaut il arrivait en jeu engagé et donc sans perte de points de vie, et que je ne pouvais pas être pointilleux au point de « jouer sur le fait qu'il ait physiquement laissé son terrain dégagé par habitude ». « L'arbitre » (qui a arrêté et est devenu un copain depuis l'époque) m'a dit que j'étais borderline avec l'Unsportman Conduct, parce que je voulais jouer sur les règles.

Cette seule interaction, qui est aujourd'hui ancrée dans ma mémoire comme un stress post-traumatique, m'a généré tellement de frustration que je me suis dit « plus jamais ça », parce que ce n'était pas ça ma propre vision de ce qui est attendu d'un arbitre fair, neutre et intègre. Et si je voulais que ceci ne se reproduise pas, alors il fallait qu'au plan local je devienne cet arbitre moi-même. J'ai donc entamé une étude approfondie, poussée et complète de la totalité (oui la totalité) des ressources d'un blog appelé JudgeApps, dont j'ai dévoré, synthétisé, et assimilé chaque forum, page après page, jusqu'au jour où je me dirais « ça y est, je suis prêt à réaliser les tests d'arbitrage ».

R-M : Riftbound est un jeu jeune. As-tu une expérience préalable d'arbitrage ou de jeu à haut niveau sur d'autres licences (Magic, Pokémon, Yu-Gi-Oh...) qui t'aide dans tes fonctions aujourd'hui ?

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J : Le Régional Qualifier Lille était mon 110ème événement compétitif. Je suis L3 Magic et j'arbitre aussi à l'international pour Lorcana, Pokémon, Star Wars et Riftbound dans des événements de haut niveau, et feu Altered et Yu-Gi-Oh à une toute petite échelle locale. Pendant la période COVID je me suis beaucoup impliqué pour la communauté arbitrale en France.

Depuis 2021, je suis l'event manager de l'événement indépendant Relic Fest, qui est le plus grand tournoi indépendant en Europe pour MTG, avec jusqu'à 1600 compétiteurs, organisé par l'entreprise Relic TCG. Je crois avoir une méthodologie et un processus appréciés des organisations avec lesquelles je suis impliqué. Ma carrière m'a permis d'obtenir un diplôme au sein d'une école de « management de l'humain en situation complexe et hostile », et de développer une approche du Leadership particulièrement efficace dans le milieu événementiel et précieuse pour ces structures.

L’engagement Riftbound

R-M : Qu'est-ce qui t'a séduit spécifiquement dans les mécaniques ou la communauté Riftbound pour choisir de t'y investir ?

J : Le jeu est complexe et réellement riche ! Je m'avance rarement sur des projections de ce genre, mais les fondations du jeu sont solides, en plus de faire vibrer mon cœur de geek qui a passé [un nombre inavouable d'] heures sur League of Legends. J'ai pu voir les moyens mis en œuvre pour faire vivre le TCG et je dois avouer que je suis impressionné. Il y a TOUT ce qu'il manque aux autres TCG, le support, la rapidité décisionnelle, la prise en compte des retours, la présence des entités du jeu dans les tournois, et plus encore, l'écoute de la communauté.

Je ne suis pas dans les petits papiers, alors je ne veux pas m'avancer. Mais ce jeu met en place ce que d'autres n'arrivent pas ou n'ont pas voulu mettre en œuvre. Et le résultat est stupéfiant : ça marche !

R-M : Comment devient-on Head Judge pour un Regional Qualifier ? Peux-tu nous expliquer comment s'est déroulée ta sélection pour cet événement à Lille ?

J : Je vais globalement parler de généralités. Sur le plan du processus, pour effectuer la sélection des arbitres d'un événement, généralement une organisation publie sa recherche en amont et il « suffit » d'y postuler. Une personne qui ne postule pas ne sera jamais sélectionnée. Ensuite l'organisation effectue une sélection basée sur de nombreux critères comme la performance lors d'événements précédents, les recommandations de la part d'autres personnes reconnues, la qualité de l'implication dans le jeu, les certifications déjà possédées, les attentes du postulant, et bien d'autres critères qu'il serait difficile et peu productif d'énumérer. Pour mon cas, le fait d'avoir un historique reconnu de compétences et performances éprouvées lors de précédentes expériences permet de renvoyer une image solide à laquelle un organisateur peut faire confiance.

Cela prend du temps à construire, ce n'est pas venu du jour au lendemain. Il faut y aller pas à pas, rester humble et toujours faire preuve de maturité. Aujourd'hui on m'a confié un événement de grande ampleur, demain ce ne sera probablement pas le cas, et il faut en être, plus que conscient, intimement convaincu. C'est le jeu dans ce milieu et il faut voir chaque opportunité d'arbitrer, quelle que soit la position, comme une grande fenêtre ouverte sur vous-même pour en apprendre plus sur vous et la personne que vous êtes. Ça ressemble à un discours cryptique, je le sais, mais c'est une réalité. La confiance mutuelle qu'il peut exister entre l'organisation et le candidat est un vecteur puissant pour postuler à un événement. Si l'organisation n'a pas de données à partir desquelles elle peut placer sa confiance dans la personne, avant d'avoir pu mesurer sa performance, alors celle-ci doit être construite en amont et soutenue par d'autres personnes qui ont déjà cette confiance.

Dans ma carrière, j'ai déjà soutenu et recommandé des candidats pour des tournois, parce que je pense que ces personnes disposaient de compétences et de qualités, parfois en cours d'acquisition mais toujours avec une capacité à pouvoir les acquérir, qui pouvaient avoir de la valeur pour l'événement. Si j'ai la confiance des personnes au-dessus de moi, et que j'ai confiance en toi, alors les personnes au-dessus pourront plus facilement partir de ce que je leur fournis comme impression plutôt que de partir d'une feuille blanche. Pour ma part, j'ai commencé avec une feuille blanche et je me suis construit petit à petit au gré de nombreux tournois, et surtout de nombreuses rencontres.

Un candidat qui n'est pas connu, qui a très peu d'expérience et demande d'emblée des postes à responsabilité, sans aucune flexibilité, prend le risque de ne pas être accepté. Il y a un raccourci, légitime au demeurant, de penser qu'être productif sur les réseaux et être ultra-performant en matière de règles permettra d'obtenir un poste d'arbitre dans un tournoi, mais ce n'est pas le cas. Rendre des rulings correspond à peu près à 10-15% du travail d'un arbitre dans les événements internationaux.

Mon conseil est donc celui-ci : faites-vous connaître dans les tournois sur le plan local, postulez sur de plus gros tournois, et obtenez la confiance de vos pairs. La non-sélection à un événement n'est pas un échec, c'est une opportunité d'apprendre sur soi, d'apprendre à gérer sa frustration (c'est une vraie compétence !), d'apprendre à comprendre.

800 candidats pour 100 postes, c'est un vecteur de tension et de friction certain.

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R-M : Quelle préparation spécifique ce rôle demande-t-il en amont d'un tournoi (révision des documents de règles, préparation des rulings spécifiques, coordination avec Riot Games) ?

J : Pour le Regional Qualifier de Lille, le temps de préparation a été court, 2 semaines et demie, mais surtout rythmé par un inattendu exceptionnel : la publication de changements structurels des règles du jeu, pour le bien de tous. Je pense que la mise à jour de fin mars est une bénédiction sur le long terme, bien que pour Lille et Atlanta cela représente un poids majeur dans la préparation.

Les processus les plus complexes et la temporalité de ces processus sont désormais beaucoup mieux documentés : cela s'est ressenti à Lille, les joueurs étaient plus « propres » qu'à Bologne, les arbitres plus « sûrs ». Dans notre processus de préparation, avec l'ensemble de l'équipe du tournoi, j'ai voulu rédiger un ensemble de clarifications, de rulings et de policies. Le jeu est jeune et a besoin de ce genre de documents et de guidance. Avec mes assistants, nous avons recueilli et épluché les questions fréquentes et processus qui nous ont paru être à l'origine de questionnements, et j'ai rédigé un google doc de « rulings HJ Lille », dans lequel notamment nous avons clarifié le fonctionnement de Reckoner's Arena et Yone.

Riot a répondu à mes questions en amont du tournoi. Cela a permis de clarifier les interactions avec Stormbringer, ou avec Arena-Yone par exemple. J'ai également publié un addendum à certaines policies de ce document, plutôt dirigé vers les arbitres que vers les joueurs. Ces documents ont été lus par UVS et seront également utilisés lors du Regional Qualifier Atlanta, alors je pense qu'ils sont correctement calibrés et que la philosophie que l'on y a insérée est « dans la bonne ligne ». Plusieurs personnes ont aidé à la rédaction, et c'est le moment de remercier Thomas Coleno, Riccardo Tessitori et Enrico Mostallino pour leur support et l'intelligence de nos échanges pour mieux façonner et relire ces philosophies. Impliquer le reste de l'équipe et surtout ne pas être l'unique tête pensante est une nécessité lors d'un événement : 4 cerveaux fournissent plus de jus qu'un seul en matière de philosophie.

R-M : En tant que Head Judge, tu encadres les Floor Judges. Comment as-tu orchestré la coordination de ton équipe ce week-end pour garantir des décisions cohérentes sur toutes les tables ?

J : Il s'agit du point le plus complexe. Environ 200 arbitres au total, toutes et tous venant d'horizons différents, parfois arbitrant dans d'autres jeux, amenant leurs visions de ce que devrait être l'arbitrage Riftbound, au prisme de leur propre expérience. Moi de même. J'ai construit l'emploi du temps en visant un brassage le plus optimal possible des langues parlées au sein des équipes, et fait en sorte d'intégrer au maximum des compétences diverses. La communauté est encore jeune : nous ne connaissons pas tout le monde, alors les feedbacks de Bologne et Las Vegas ont beaucoup servi, ainsi que des recherches un peu plus approfondies lorsque j'avais des doutes.

  • L'équipe de Stream nécessite par exemple non seulement des personnes avec des compétences solides, mais aussi une certaine gestion du stress, et surtout une connaissance plus fine et avancée des règles du jeu.

  • L'équipe de Deckcheck nécessite des personnalités sachant faire preuve d'initiative, avec de bonnes connaissances de la cinématique de tournoi.

  • L'équipe de End of Round nécessite des personnes proactives, rapides dans la prise de décision et l'exécution.

Pour uniformiser au mieux possible la somme des connaissances et l'uniformité des rulings, là c'est encore plus complexe. On ne peut pas mettre un Head Judge derrière chaque arbitre.
Et si je le pouvais ? Je ne le ferais pas.

Il est important qu'un arbitre apprenne de lui-même et cela passe par l'acceptation de ses propres erreurs. Parfois, on peut faire tout notre possible et donner le meilleur de soi-même, mais quand même échouer dans ce que l'on entreprend. Ce n'est pas une faiblesse. C'est la vie. Alors j'ai mis en place des garde-fous : contre-vérification des rulings, implication d'un autre arbitre dès qu'un ruling prenait plus de 2-3 minutes, répartition des Assistant Head Judges auprès des équipes en tant que support de telle ou telle tâche, rappeler le droit de faire appel pendant mes annonces et le rappeler à nouveau lors de la délivrance des rulings.

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L'expérience sur le terrain

R-M : Quel regard portes-tu sur l'ambiance et le niveau de jeu global ce week-end à Lille ? Y a-t-il eu des moments particulièrement intenses ou des matchs qui t'ont marqué ?

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J : Le match m'ayant le plus marqué est sans aucun doute la finale. Il s'agit du seul match où j'ai arbitré directement à la table des joueurs, sous caméra. Le reste du temps, mon travail consiste globalement à gérer les équipes et à prendre des décisions sur des rulings ou de la logistique. Le jeu était propre, la communication claire.
Il y a eu quelques erreurs liées à des capacités déclenchées manquées, mais je garde de ce match l'impression d'avoir deux vrais gentlemen surdoués en face de moi, l'un comme l'autre. À mes côtés se trouvaient 3 autres arbitres, dont les incroyables Riccardo et Giuseppe qui sont sans conteste parmi les meilleurs arbitres du jeu. Ce match était donc intense, les enjeux colossaux, et j'avais autour de moi les meilleurs.

R-M : Sans trahir de secrets, quels sont les points de règles ou les interactions qui ont nécessité le plus d'interventions de ta part durant le tournoi ?

J : Les missed triggers. Au lancement du tournoi, j'ai commencé à lister quelques-unes des situations sur lesquelles j’étais intervenu. Mais j'ai vite arrêté. Riftbound est un jeu complexe où les capacités déclenchées nécessitent un processus en plusieurs temps qui n'est décrit clairement que depuis fin mars.

Par exemple, un trigger optionnel nécessite de faire un choix au moment même du trigger, pour l'ajouter en tant que Pending à la Chaîne. Ajoutez à cela un coût (Irelia), et cela ajoute un nouveau choix, celui de payer, mais plus tard, lors de la Finalisation. Il y a beaucoup de confusion encore aujourd'hui là-dessus, mais je pense que par exemple l'infographie que j'ai réalisée sur Hidden Blade et Immortal Phoenix décrit bien le processus (infographie disponible sur le document HJ Ruling Lille).

Le rôle d'un Head Judge n'est généralement pas celui qui va répondre au plus de calls, loin de là, je pense que l'on peut en convenir. La plupart des interventions que j'ai réalisées en table étaient l'objet d'Appeals, ou de situations très complexes. C'est aussi pour cela que je veux inciter les joueurs à comprendre qu'ils peuvent faire appel du ruling rendu, une fois celui-ci délivré par l'arbitre. Tous les rulings ne passent pas par les Head Judges, et s'il existe un doute de la part d'un joueur, alors il faut pouvoir l'exprimer.

R-M : En tant que Head Judge, tu es le dernier rempart en cas de litige. Comment gères-tu la pression face à des joueurs dont la suite du tournoi est en jeu ?

J : Je suis une personne pragmatique et diplomatique, cela me permet, je crois, de correctement réussir à gérer les situations les plus complexes. L'arbitre n'est pas le responsable des erreurs ou des intentions du joueur à commettre des fautes. L’infraction existait avant que l’arbitre n’arrive à la table. Je dis souvent qu’un arbitre ne donne pas une pénalité à un joueur, mais que le joueur la reçoit (« Judges don't give penalties, players earn them »).

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L'arbitre est là pour appliquer une documentation qui lui est fournie par un éditeur. Il y a une certaine froideur là-dedans, mais c'est pourtant nécessaire de le comprendre pour naviguer autour de ce que l'on appelle les biais. Tout être humain est affecté par des biais. Pour s'en libérer au maximum, l'arbitre doit 1) reconnaître qu'il est biaisé (ça ne s'enlève pas), 2) se rattacher à ce qui n'est pas biaisé (sa documentation).

De facto, dans les situations délicates pouvant mettre un terme à l'aventure d'un joueur, je fais tout mon possible au cours de l’investigation pour éviter que le joueur ne sorte du tournoi. Mais parfois le résultat à l'issue reste le même.

R-M : Selon toi, qu'est-ce qui définit un 'bon' arbitrage ? Est-ce la connaissance parfaite des règles, ou y a-t-il une part importante de psychologie et de pédagogie auprès des joueurs ?

J : Je pense que tu abordes quelques bons thèmes. La psychologie et la pédagogie sont des parties intégrantes du métier de l'arbitre. J'y ajouterais très certainement la diplomatie et la capacité de « self-reflection », celle de se remettre en question. Connaître un corpus de règles est évidemment nécessaire, mais cela nécessite « simplement » de l'étude, de bûcher un peu, là où les autres domaines font plutôt partie de l'apprentissage et de l'expérience et s'acquièrent avec le temps.

Alors à ta question du « bon arbitrage », je répondrais : je ne sais pas. Il y a des processus, prendre un call, répondre à un joueur, effectuer une investigation, et je passe sur la très longue liste suivante, qui nécessitent de suivre un cheminement mental, qui met du temps à acquérir. Si je te parle de ma conception d’un « bon arbitrage », j’inciterais les gens à se catégoriser ou à y chercher les critères de ce qu’eux verront comme « bon » ou « mauvais ». Et je ne veux pas catégoriser quelqu'un qui ne se sentirait pas appartenir aux catégories d'un « bon arbitrage », comme étant moyen, voire pas super bon dans ce milieu.

Il y a d'excellents connaisseurs des règles du jeu, mais qui vont avoir du mal à analyser une situation. Il y a d'excellents analystes du jeu, mais qui vont parfois avoir un peu de mal sur les règles pures. À nous de les pousser vers le haut, plutôt qu'autrement. J'ai tendance à pousser les arbitres avec du potentiel lorsque ceux-ci, au gré de petites discussions, me montrent leur potentiel d'évolution. Un exemple qui peut être plus parlant : lors d'un précédent événement, on m'a sollicité pour que je désigne des Assistants Head Judges on-the-spot. Plutôt que de m'auto-considérer (je faisais partie des Team leads, en dessous des AHJ dans la pyramide décisionnelle), j'ai désigné des personnes qui m'avaient montré leur potentiel. Donner confiance en l'autre et l’aider à développer ses compétences : voilà un bon arbitre.

R-M : Riftbound, comme tout TCG moderne, utilise des errata pour s'équilibrer. Quel regard portes-tu sur le système actuel ? Est-il facile à gérer pour un corps arbitral et vois-tu des pistes d'amélioration (accessibilité, base de données, communication) pour faciliter la vie des judges et des compétiteurs ?

J : Actuellement, je trouve que Riot et UVS sont excellemment accessibles. Aucun autre TCG ne dispose d'une telle proximité et c'est une vraie richesse. Certains trouveront qu'ils ne sont pas assez rapides, d'autres que ce n'est pas assez, et d'autres encore, dont je fais partie, trouveront que c'est mieux que dans n'importe quel autre jeu et je suis satisfait de cela. D'un point de vue arbitral, j'apprécierais un forum, où les rulings ne seraient pas noyés sous une avalanche de messages Discord, et surtout qui soit accessible partout tout le temps sur le web.

Actuellement certains rulings ne sont accessibles qu'aux personnes faisant partie du serveur des arbitres, alors qu'un forum en ligne permettrait à Google de retrouver les mots clés. Par exemple, aujourd'hui, si tu ne fais pas partie du cercle des personnes qui ont accès à mon google-doc RQ Lille HJ Rulings, tu vas avoir du mal à comprendre certaines interactions, que les règles ne définissent pas très bien, voire pas du tout, voire de façon inverse à l’intention de l’éditeur.

C'est normal pour un jeu aussi jeune, et il ne faut pas s'en étonner. Le raccourci de penser que le jeu et ses règles agissent comme un programme informatique « fini » est une erreur. Wizards of the Coast essaie depuis plus de 30 ans de faire la même chose mais n'y est jamais parvenu. Donc il est opportun de considérer que les règles mettent du temps à se corriger, et à gérer pleinement le jeu. Non vraiment, Riftbound est probablement le jeu le plus mature au lancement que j'ai jamais vu.

Perspectives et conseils

R-M : Est-il prévu que l'on te retrouve sur d'autres Regional Qualifiers sur ce set ?

J : Je vous retrouverai à Atlanta ce weekend, et puis plus tard à Vancouver. Les dates de Sydney et d'Hartford sont conflictuelles avec mon calendrier familial, mais il y a de bonnes chances que l'on se retrouve à Utrecht et Barcelone également. Le développement du jeu à travers le monde est rapide et c'est incroyable de voir tout ce qui est mis en œuvre pour les joueurs.

R-M : Quel conseil donnerais-tu à un joueur passionné qui souhaiterait franchir le pas et devenir arbitre pour Riftbound ?

J : Contacte le réseau local des arbitres dans un premier temps. Observe les arbitres lors de tournois, assimile leur processus, étudie les règles au-delà de leur simple lecture. Quand tu te sens prêt, essaye le test de règles L1 disponible dans ton profil, via ton compte Riot. Rejoins la communauté. Implique-toi.

R-M : Pour conclure, un petit mot pour la communauté Riftbound qui nous suit ?

J : Bonne chance et merci pour ton invitation.

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Merci à Doomy pour le montage et à Jordane pour le temps consacré.

Merci de nous avoir lu et à bientôt sur Riftbound-Media !

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